« Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais » Oscar Wilde

mercredi 25 décembre 2013

Rurrenabaque et les portes de l’Amazonie


Nous quittons la capitale bolivienne vers 10h45 en taxi pour aller prendre notre avion. Premier petit hic, il y a 2 aéroports à La Paz et à 11h10, on se rend compte que le chauffeur ne nous conduit pas au bon. Demi-tour direction l’aéroport militaire où nous arrivons pile à l’heure l’estomac un peu noué. Nous partons finalement une heure plus tard que prévu sans raison apparente (la menace de pluie on suppose). L’avion est tout petit (40 personnes) et nous amène, non sans quelques belles secousses, à Rurrenabaque, au nord de la Bolivie, porte d’entrée dans l’Amazonie. La chaleur humide nous tombe directement sur les épaules, les jeans nous collent déjà à la peau et la sueur perle sur nos fronts.
Arrivés dans la mini ville, la course aux agences peut commencer… A peine descendu du mini van, nous sommes accostés par une agence. On écoute son laïus qui fera finalement mouche. Nous obtenons un bon prix de groupe, imbattable avec les autres agences. Parfait, nous partons donc le lendemain pour un tour de 3 jours dans la Pampa. En attendant, direction douche et hamac à l’auberge. Le lendemain, nous montons dans la Jeep Fluvial Tour, nous faisons connaissance avec le groupe (8 personnes entre 20 et 30ans) et c’est parti pour 3h de routes cabossées et poussiéreuses. A midi, lunch dans un petit village puis 20min de jeep pour atteindre le Rio sur lequel nous voguerons pour atteindre la Pampa. Nous rencontrons notre guide, Puma, encore un ! Nous chargeons les vivres et les sacs sur la pirogue, et comme je suis un peu lent, nous montons les derniers à bord…
Mais selon le dicton les derniers seront les premiers, la pirogue est accostée en marche arrière et nous sommes donc assis aux premières loges pour les 3h de voyage sur l’eau, merci qui ?! Le Rio serpente, tantôt large (10m max) tantôt étroit (largeur pirogue) entre les 2 rives de végétations plantées dans l’eau. Le soleil et le ciel bleu rendent les paysages magnifiques et l’impression de flotter sur le Rio est magique. Sur le chemin, nous apercevons déjà pas mal d’oiseaux différents (cormorans, petits perroquets,…), des tortues et aussi nos premiers singes.
Un dauphin rose d’eau douce vient même nous taquiner et tourne pendant plusieurs minutes au tour de notre pirogue. Comme nous arrivons en saison des pluies, le Rio est déjà fort haut et il nous sera plus difficile d’apercevoir les mammifères terrestres. Vers 16h, nous arrivons à notre campement sur pilotis, très important car juste en-dessous rodent deux alligators et un caïman !
Nous prenons possession de notre dortoir muni de moustiquaires puis nous flânons dans les hamacs en attendant le souper qui s’avère servit sous forme de mini buffet bien copieux. Peu après, nous faisons une sortie nocturne en pirogue à la recherche des yeux rouges des alligators (note : dans l’ordre de taille : alligator < caïman < crocodile) sous nos lampes torches. Entre les joncs, Puma repère un bébé alligator et à notre surprise générale plonge pour l’attraper.
Il s’y reprendra à 3 fois mais sans succès… un peu fous ces indigènes ! En rentrant, nous faisons aussi intime connaissance avec la faune la plus détestable : les moustiques, qui s’avèrent assez nombreux et agressifs dans cette région. Résultat, nous filons dans nos lits pour une bonne nuit de sommeil. Le lendemain, nous partons marcher dans la Pampa à la recherche de l’anaconda. 3h de marche sous le soleil de plomb, en bottes, en manches longues et dans 10 à 30 cm d’eau remplie de hautes plantes (avec les bottes de Malou qui sont percées…)…
tout ca pour ne pas apercevoir la bête, un peu déçu (petit hic de prendre une agence « cheap », nous sommes partis trop tard le matin). Heureusement, les paysages restent splendides, nous côtoyons des jabirus dont l’envergure est impressionnante et nous tombons sur un serpent à sonnette ou crotale (le serpent le plus venimeux de la Pampa, 30min d’espérance de vie après morsure, hum hum).
L’après-midi, nouvelle excursion sur le Rio afin de découvrir de nouveaux animaux : mission réussie, nous croisons plusieurs familles de singes, des vols d’aigrettes d’un blanc pur, un paresseux, une toucanette, des hoazins (oiseau aux couleurs vives mais sentant particulièrement mauvais dû à sa digestion par fermentation bactérienne), un alligator. Nous arrivons ensuite dans une sorte de grande bassine où nous entendons plusieurs souffles… 5 dauphins d’eau douce apparaissent. Ils sont différents de ceux d’eau de mer : aileron dorsal quasi inexistant, couleur rose, très long museau, et avouons-le pas très beau. Puma nous invite à plonger avec eux… je ne me fais pas prier même si l’eau est hyper trouble (on ne voit pas sa main à 30cm).
Il nous donne une bouteille d’eau en plastique que nous lançons à la surface de l’eau et comme par magie, les dauphins viennent l’attraper pour jouer avec nous. On les voit apparaître et plonger à quelques mètres (voire quelques dizaines de cm) de nous. On passe une bonne demi-heure dans l’eau à les poursuivre, moment privilégié avec la nature !! Petit match de volley tout en observant le coucher du soleil sur la pampa, retour pour le souper, petite sortie nocturne pour écouter les bruits de la Pampa puis dodo. Dernier jour, levés à 5h pour observer le soleil se lever, des nuages sont présents ce qui rend le spectacle encore plus beau. Petit déjeuner puis dernière sortie sur le Rio à la rencontre de nouveaux dauphins, moins nombreux et plus timides cette fois.  Sur le chemin nous avons également l'occasion d'observer beaucoup de singes! C'est assez impressionnant! 
Dernier lunch au lodge puis retour en pirogue puis jeep à Rurrenabaque. 3 jours splendides (même si à refaire nous mettrions certainement le prix pour avoir un meilleur guide). On décide de se poser 2 jours à l’auberge (et j’ose franchir le pas d’aller me faire couper les cheveux chez un coiffeur local… mission réussie) avant de repartir pour la Jungle. Nous sympathisons avec André, un jeune homme fringant de 70 ans du sud-ouest de la France et nous décidons tous les 3 de booker notre tour avec une agence estampillée Eco-touriste (et donc plus chère) que Malou nous a dénichée en ville (et recommandée par nos amis du Salkantay qui nous ont précédé). Le lendemain 8h15, meeting à l’agence avec notre guide local espagnol (ça améliorera fortement notre compréhension de la langue) Ebert et notre chef cuistot Paola (qui a fait 3ans d’Horeca à La Paz et qui nous concoctera des plats hyper savoureux).
Nous montons sur notre bateau, nous ne sommes que 3 aventuriers + notre team de l’agence pour remonter le Rio Tuichi vers la Jungle. Première escale : une petite communauté qui vit et cultive sur la rive des produits naturels dont la canne à sucre. Nous faisons d’abord un tour dans leur champ où nous découvrons des bananiers, des ananas, des énormes citrons verts et évidemment des cannes à sucre. Ebert nous en coupe une que nous mâchons directement, un délice ! Il nous montre ensuite leur production de miel (70 litres de sucre extrait de la canne à faire bouillir pendant 4 heures pour obtenir 10 litres de miel succulent). Ensuite, les hommes sont mis à contribution pour tourner la manivelle écrasant les cannes (à la place du cheval).
Nous broyons ainsi 3-4 cannes pour extraire 3-4 litres de jus que nous pouvons déguster avec un trait de citron vert : ça c’est du frais messieurs dames !! Nous quittons la communauté et 2 heures de bateau nous amène à notre lodge perdu dans la jungle. Et là, surprise : quel campement !! Tout est en matériaux naturels, et c’est surement la plus belle chambre qu’on ait eue jusqu’à présent.
On avale notre dîner, impatient d’aller découvrir la jungle. On retraverse le Rio en bateau et c’est parti pour 3h30 de marche guidée au sein du Parc National Madidi. Madidi signifie « Foyer des Fourmis » ; après quelques minutes, nous comprenons déjà pourquoi : des colonies de fourmis grouillent sur le sol formant d’interminables files indiennes, on en rencontre de toutes les tailles (dont les plus grandes font quand même 3 cm et leurs piqures peuvent se ressentir pendant 24h). La végétation est dense, les arbres immensément hauts. Ebert nous raconte déjà plein d’anecdotes et nous explique toutes les adaptations de la Jungle ; par exemple, nous remarquons que l’arbre à papaye possède d’énormes pics coniques sur son tronc.
Ceux-lui servent en fait de défenses contre les animaux afin qu’ils ne viennent pas manger ses fruits sur les branches (et donc pas encore mûrs). De cette façon, les animaux ne savent manger que les papayes mûres tombées au sol, ce qui favorise la dissémination des graines et donc la propagation de l’arbre dans la jungle. La Nature est si bien faite ! Ebert est aux aguets, la canopée tremble, il accélère et nous convie de le suivre… quelques dizaines de mètres plus loin, une troupe de singe (saïmiris et capucins) saute de branche en branche, splendide de pouvoir ainsi admirer leur agilité. Plus loin, nous tombons nez à nez avec une tortue léchant une carcasse de tatoo. On s’arrête pour observer la dépouille, très bonne idée, les fourmis grimpent sur nos chaussures et à l’intérieur de nos pantalons 
J Ebert émet ensuite quelques sifflements et nous apercevons perché au sommet de la canopée un superbe toucan « garganta blanca » qui posera de longues minutes rien que pour nous.
Avant de reprendre le bateau, une troupe de saïmiris jouera encore à cache-cache avec nous pendant de longues minutes. Retour au lodge pour un succulent poulet rôti – frites de yuccas – salades – aubergines grillées suivi d’une balade nocturne autour du campement au cours de laquelle nous ferons la charmante rencontre de 4 tarentules.
Rassurant de les savoir si près de nos lits. Nous apercevons aussi des crapauds, grenouilles, un petit hibou et bon nombre d’insectes. Les moustiques sont par contre beaucoup moins agressifs mais toujours aussi amoureux de Malou qui ne compte plus ses piqures. Au réveil, la drache tropicale est au rdv. C’est un peu le moral dans les chaussettes que nous allons prendre notre petit déj’. Mais Paola nous remonte le moral avec ses pancakes et ses crêpes à la « dulce de leche » (genre de caramel qui régale les babine de Malou). Ebert nous conte des histoires locales et nous ne voyons pas le temps passé. La pluie s’arrête enfin et nous repartons dans la jungle. Nous entendons pour la première fois les cris des singes hurleurs, qui ressemblent fortement au souffle du vent, c’est impressionnant. Ebert tend l’oreille et c’est parti pour la traque. Il n’est pas aisé d’évoluer sur les sentiers à cause des fortes pluies, et le guide doit même nous prendre sur son dos pour traverser un cours d’eau.
Après 20min, la récompense est là, nous apercevons une famille de singe hurleurs serrés les uns contre les autres pour se protéger de la pluie. Retour pour dîner puis nous partons pour la jungle profonde où nous passerons la nuit. Nous partons avec notre barda (sac de couchage, moustiquaire, matelas) et nous découvrons notre camp très sommaire.
Nous nous dirigeons ensuite vers le clou du tour : le mirador aux perroquets. Il surplombe toute l’Amazonie et se situe juste au-dessus des nids des oiseaux. On peut donc apprécier les vols des perroquets au-dessus de la canopée et les voir se poser à quelques mètres de nous. Leurs couleurs sont superbes et ils font un potin de tous les diables !! On reste 2 heures sur place tellement le spectacle est magnifique.
Retour au lodge pour le souper (pasta et poulet à la ratatouille, miam) aux chandelles suivi d’une super discussion ave Paola et Ebert sur la politique du pays, la vie en Bolivie et sur « Naît-on homosexuel ?» (vas-y pour expliquer le sujet en espagnol huhu). Nouvelle balade nocture où nous découvrons encore quelques batraciens, un singe nocturne et un bébé serpent perché dans un arbre.
Dodo bien mérité à ciel ouvert et à même le sol. Au réveil, j’ai un an de plus et un petit déjeuner beignets – œufs brouillés nous attend. Nous entamons ensuite le retour au lodge et après quelques dizaines de minutes, la drache s’invite de nouveau…nous marchons ainsi 1 bonne heure sous la pluie, merci les ponchos. Un dernier dîner au sec et retour à Rurrenabaque. Les adieux sont un peu déchirants car Paola et Ebert étaient vraiment plus qu’attachants. Nous passons notre dernière nuit en ville avant de prendre notre avion qui nous mènera à Uyuni pour la découverte du désert de sel !!

Oli (dans un hôtel de sel perdu en plein milieu du désert d’Uyuni).

Pampa:


 

 

 

 

 

 

 

 

Jungle:


 

 

 

 

 

 

 





5 commentaires:

  1. Encore une fois magnifique, à chacun de vos récits , je me dis " que vont il encore pouvoir voir après ça? Plus possible de faire aussi bien." Et à chaque fois je me trompe :) Chacune de vos étape est surprenante. Perso la jungle m'a toujours fasciné, peut être à cause du marsu mdr.
    Ici on passe un début d'hiver assez clément, le thermomètre est très peu passé sous 0° et on atteins régulièrement les 9-10° on a donc pas encore eu de neige. J'espère que vous avez passé un joyeux noël, à bientôt.

    Mike

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    1. Et oui, on se dit exactement la même chose...après la jungle, on pensait déjà avoir rempli notre quota de belles choses mais tu verras dans l'article suivant sur le Salar qu'on était encore bien loin du compte :-) Et je pense que l'Argentine nous réservera encore pas mal de paysages grandioses !! Affaire à suivre donc ;-)
      Et merci pour la météo belge !!

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  2. Coucou!
    Waaa, encore une fois, vous nous permettez une pause de l'autre côté du monde!
    Les paysages sont toujours aussi magnifiques mais les bestioles rencontrées ne sont pas toujours mes préférées!
    Une déception ... pas de photos de la nouvelle coupe de cheveux de Malou ???!!!
    continuez de nous faire rêver!

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  3. Oli ... J'espère que tu as une bonne ceinture dans tes bagages ... tu perds pas encore ton pantalon ?

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    1. Si justement je le perds pffff...pas pratique hein pour marcher dans la jungle !! Heureusement comme tu dis, j'avais une bien bonne ceinture dans mon sac...j'ai donc reculé d'un cran :-) A mon retour, je défierai Jean-Chri, certain qu'avec mes kilos en moins, je lui reprendrai 10 min sur le semi de Maas :-)))

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